Depuis une quinzaine d’années, le partage de la valeur ajoutée (des profits) est défavorable aux salariés, mais aussi aux investissements et favorable aux entreprises, aux actionnaires. Cela est incontestable.
Cela pénalise la croissance.
La négociation salariale de branche dans le privé avance trop lentement. Sur 274 branches de plus de 5000 salariés qui représentent 12 millions de salariés, 48 branches ont encore des minima inférieurs au SMIC ; cela est inadmissible.
Soumis à une forte pression du Medef et puisant dans les dogmes libéraux, le gouvernement estime que toute relance par les salaires provoquerait un choc inflationniste qui viendrait pénaliser la compétitivité de nos entreprises.
Or, on constate que la consommation des ménages qui est le seul moteur qui tire actuellement la croissance de notre économie, commence en ce début d’année 2006 à avoir des ratés.
Que se passera-t-il demain si la consommation baisse fortement ?
Le Gouvernement ne veut pas entendre ces arguments, il préfère miser sur d’autres types de mesures et notamment une flexibilité excessive du marché du travail.
Nous ne sommes pas opposés à une certaine dose de flexibilité. Nous savons que les entreprises ont besoin d’une certaine souplesse de fonctionnement, mais là comme ailleurs, tout est question de dosage.
Et il n’était nul besoin de tailler dans le Code du travail pour l’obtenir.
Une des grandes missions du syndicalisme au cours de son histoire, c’est d’avoir construit un droit à la sécurité de l’emploi pour l’ensemble des salariés.
L’emploi stable doit rester une référence centrale de nos modèles sociaux.
Nous savons bien sûr que la précarité gagne et nous devons y répondre avec réalisme et pragmatisme et c’est tout le débat sur la sécurisation des parcours professionnels, mais nous refusons que la précarité devienne la référence centrale de nos modèles économiques et sociaux.
Et c’est en cela que les contrats nouvelle embauche (CNE) et première embauche (CPE) sont dangereux. Ils érigent en modèle une forme d’insécurité.
Le contrat nouvelle embauche (pour les entreprises de 20 salariés au plus) et le Contrat Première Embauche pour les jeunes de moins de 26 ans sont pour nous inacceptables tant ils institutionnalisent la précarité et lui donnent un statut.
Sur le CPE nous demandons avec l’UNEF, des associations de jeunesse et d’autres confédérations, son retrait.
De plus, ces contrats préfigurent la généralisation d’un nouveau contrat de type CDI avec une période de "consolidation de deux ans". Il s’agit de la période pendant laquelle le contrat peut être rompu par l’employeur (et le salarié) sans aucune justification.
Tout le débat sur l’apprentissage à 14 ans est à rattacher à cette philosophie, venant s’y ajouter l’idée que certains jeunes dès 14 ans n’ont plus rien à faire à l’école. Cela rompt avec l’obligation scolaire jusqu’à 16 ans instaurée en 1959.
Au déterminisme social exacerbé s’ajoute une faute grossière. Nous savons tous que dans la mondialisation, nos atouts s’appellent : savoir, intelligence, qualification.
Qui peut penser que nous pourrons lutter avec des économies comme la Chine par exemple sur le coût de la main-d’¦uvre peu qualifiée ?
Comment peut-on vanter la société de la connaissance, célébrer la stratégie européenne de Lisbonne qui la met justement au c¦ur de son projet et prendre des mesures rétrogrades qui font penser à la France des années 1950 et qui ne nous mettent pas en situation de valoriser nos potentiels de matière grise ?