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Christophe Curutchet revient libre et innocenté du Maroc
·C’est d’un codétenu marocain que le père de Christophe Curutchet apprit mardi la fin d’un cauchemar de 18 mois.
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Sa famille, des amis, les médias locaux mais aussi nationaux : beaucoup de monde s’était donné rendez-vous mercredi après-midi à l’aéroport d’Hondarribia pour le retour du Maroc de Christophe Currutchet. Détenu depuis septembre 2006 dans les geôles de Mohammed VI, ce jeune directeur d’exploitation de la société STE-Maroc n’avait jamais cessé de crier son innocence. Un premier procès sans traducteur français en décembre 2006, un deuxième procès en appel en avril 2007 où aucune preuve de sa culpabilité n’avait pu être apportée contre lui : Christophe se retrouvait pourtant condamné à huit ans de prison au Maroc pour implication dans un transport de drogue lié à la découverte de 1,4 tonne de cannabis dans l’un de ses camions. Les plus hautes figures du droit marocain eurent beau défendre l’absence totale de fondements de cette accusation ou les douanes de Casablanca attester de l’impossibilité de l’implication de Christophe : son avenir semblait devoir être scellé dans une rage sourde. Et les appels quotidiens pour l’encourager semblaient parfois difficiles à formuler ces jours où, comme par exemple la veille, les avocats parisiens de Christophe étaient éconduits par l’Ambassade du Maroc à Paris.Lorsque les portes d’arrivée de l’aéroport s’ouvrirent
et libérèrent une bonne fois pour toutes Christophe Curutchet, au milieu des
applaudissements et des cris de joie, les visages de sa s¦ur Céline et de son
père Jean-Claude tranchaient presque avec ceux, rayonnants, qui les entouraient.
Comme si la lutte menée depuis des mois s’était inscrite avec force jusqu’aux
plis de leurs peaux. Comme si la soudaineté de sa remise en liberté ne parvenait
pas encore tout à fait à les convaincre. Depuis la mise en détention de
Christophe, ils n’eurent de cesse de rassembler autour d’eux un important comité
de soutien, de rappeler l’existence d’une injustice à tout ce que Paris et Rabat
comptaient comme têtes couronnées - prétendues ou réelles - et de maintenir le
lien, notamment téléphonique, avec lui. De bras en bras, leurs mains contre ses
épaules, ce léger moment de flottement de Christophe pouvait progressivement
s’estomper. Dix-huit mois d’incarcération ; une grève de la faim de 25 jours ;
le sentiment amer d’un système judiciaire marocain qui peut priver de liberté un
innocent plutôt que de désigner le coupable : il faudra du temps à Christophe
pour mesurer combien l’exemple de cette détermination ressemblait à ces petits
cailloux contre lesquels les injustices peuvent se casser les dents :
irréductibles, ils peuvent sans doute contribuer aujourd’hui aux victoires de
demain.
"Je regrette que le Maroc soit obligé de passer par une grâce royale pour faire appliquer la justice"
Il faudra du temps pour déterminer le poids des uns
et des autres dans la libération de Christophe Currutchet. Après des mois de
relances, nombreux étaient ceux qui avaient promis de "se pencher" sur son cas :
Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, Bernard Kouchner ou Rachida Dati ont-ils lu les
lettres qui portaient leur engagement personnel dans la résolution de ce dossier
? Sitôt arrivé à Hondarribia, Christophe Currutchet assumait la hiérarchie de
ses remerciements.
Aujourd’hui, vers qui vont vos
premières pensées ?
Je voudrai remercier ma famille, tous ces amis
et mes proches qui n’ont cessé de croire en mon innocence. Notamment en prison
où l’annonce de ma libération a été accueillie avec des larmes de joie par mes
amis marocains co-détenus avec moi. Mais mon cas n’est pas isolé. Je mesure le
privilège d’être français dans une société carcérale où l’injustice remplit les
geôles marocaines dans une indifférence ordinairement admise.
Gardiez-vous confiance dans une
possible libération ?
Je me levai chaque matin avec l’espoir d’y
parvenir, même si l’angoisse ne tardait pas à réapparaître rapidement. Je suis
passé par toutes les étapes, notamment où l’annonce du rejet de l’appel m’a fait
l’effet d’un TGV que je prenais dans la gueule.
Comment avez-vous ressenti les
méandres du Quai d’Orsay ?
Cela m’aura paru très long, surtout lorsqu’il
aura fallu défendre le refus de toute peine de substitution : il est clair
qu’ils avaient tous envie de m’extrader en France et de voir ce dossier embêtant
passer entre les mains d’un autre Ministère. Pour moi, le plus important de tout
n’était pas de revenir en France à n’importe quel prix mais de prouver mon
innocence et de rentrer libre comme aujourd’hui.
Durant tout ce temps, les hommes
politiques ont changé. Cela aura-t-il joué en votre faveur? Je me souviens encore de mon espoir lorsque
j’écoutais ce nouveau Président déclarer qu’il ne laisserait aucun Français dans
l’injustice. Ce genre de phrases qui vous hantent, surtout à distance. Mais
j’avais gardé la confiance et la chaleur humaine des gens du dehors qui m’ont
toujours soutenu.
Peut-on tourner la page d’une
telle histoire ?
Je n’oublierai rien et je n’ai pas le sentiment
de pouvoir mener une bataille pour tout ce que j’ai pu constater au Maroc.
J’aimerai écrire au roi pour lui dire qu’il a du boulot contre la corruption de
ces autorités qui débouchent sur la nécessité d’une grâce royale pour pallier à
l’indigence du système judiciaire marocain. Je me sens encore écrasé par cette
histoire, mais je sais qu’une fête permettra bientôt de remercier tous ceux qui
ont contribué à ma libération.
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